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Première ligne de la recherche contre la COVID-19

Texte : Florence Meney

Si la COVID-19 mobilise les équipes cliniques, elle pousse aussi les scientifiques de notre Centre de recherche à déployer leur expertise dans le but de traquer le virus et d’en comprendre les mécanismes intimes, pour espérer un jour mieux le contrer. La crise de la COVID-19 pose de nombreuses questions auxquelles nous devrons répondre pour une gestion optimale de la pandémie et une meilleure prise en charge des patients. Les projets qu’ont lancés les chercheurs du CHU Sainte-Justine s’attaquent à plusieurs questions fondamentales. Collectivement, nos chercheurs ont obtenu plus de 13 M$ des organismes subventionnaires pour leurs projets de recherche sur la COVID-19. Ils sont remarquablement bien positionnés pour apporter rapidement des réponses à ces questions.
 

Nos équipes de recherche se sont mobilisées rapidement pour relever les défis associés à la pandémie de COVID-19. Plus de 40 projets sont en cours, incluant le développement d’outils de diagnostic plus rapides pour détecter le virus, d’approches thérapeutiques innovantes ou de stratégies de prévention, ainsi que l’évaluation de l’impact de la distanciation physique sur la santé mentale, pour n’en citer que quelques-uns.

Ekat Kritikou, directrice adjointe, affaires scientifiques et
académiques au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

 

Voici un survol rapide et non-exhaustif de quelques-uns des projets majeurs en cours au Centre de recherche : 

Des projets pour comprendre l'incidence du virus sur les travailleurs de la santé

Première ligne de la recherche

De par leur activité qui les met en contact direct avec les malades, les travailleurs de la santé sont visés au premier chef par la COVID-19, d’où l’importance de mesurer et de comprendre son impact sur eux. Deux projets du CHU Sainte-Justine se consacrent à creuser cette compréhension :

Dre Francine M. Ducharme dirige le projet PRevention of COVID-19 with high dose Oral Vitamin D supplemental Therapy in Essential healthCare Teams (PROTECT), qui vise à évaluer si les travailleurs de la santé qui reçoivent de hautes doses de vitamine D ont un risque plus faible d’infection à la COVID-19. En effet, des études ont montré que la supplémentation en vitamine D pourrait diminuer le risque de maladies respiratoires courantes, en particulier chez les personnes dont le taux de vitamine D est plus faible. Si de hautes doses de vitamine D s’avèrent efficaces pour réduire les infections à la COVID-19, leur gravité et leur durée, il peut s’agir de l’approche la moins coûteuse et la plus facilement applicable pour prévenir l’infection chez les travailleurs de la santé à risque. Si l’avantage se traduit également par des retraits moins nombreux et plus courts, il peut réduire considérablement la charge pesant sur le système de santé et garantir un personnel de santé suffisant pour mieux lutter contre la pandémie actuelle.

De son côté, Dre Caroline Quach-Thanh dirige le projet REinfection in COVid-19 Estimation of Risk (RECOVER), qui vise à estimer le risque de réinfection par le SRAS-CoV-2 chez les travailleurs de la santé qui ont déjà été infectés par la COVID-19 et à étudier la réponse immunitaire naturelle et les risques de réinfections asymptomatiques et symptomatiques à la COVID-19 sur une période d’un an. Les résultats de cette étude permettront aux décideurs en santé publique de convenir des futures stratégies de déconfinement et de gestion des pandémies. Montrer que l’infection à la COVID-19 ne protège pas contre une réinfection changerait complètement le paradigme sous lequel nous opérons actuellement.

« La question qui m’est posée depuis le début de cette pandémie est : « une fois que nous avons eu la COVID-19, sommes-nous protégés pour la vie? ». À ce jour, il est impossible d’y répondre. Nous avons l’intuition que l’infection protège pendant quelques mois, surtout des infections plus sévères; il reste à voir ce qui arrivera ensuite. Nous voulons aussi mieux comprendre la réponse de notre système immunitaire suite à une infection naturelle, ce qui nous permettra de prédire la réponse aux vaccins », commente Dre Caroline Quach.

Dynamique de l'infection dans la population gnérale et dans les familles

Première ligne de la recherche

Comprendre les mécanismes de transmission communautaire du virus est aussi une priorité dans la lutte contre la COVID-19. Pour sa part, Pr Philippe Broët participe au projet SUrveilling Prospective Population cOhorts for COVID19 pRevalence and ouTcomes in Canada (SUPPORT-Canada), qui a pour objet de recueillir des échantillons biologiques et des données sur l’état de santé dans le but de faciliter une surveillance à l’échelle de la population, de soutenir la communauté de recherche afin d’identifier les facteurs contribuant à la sensibilité et à la gravité des individus atteints de la COVID-19, et d’orienter les mesures de Santé publique. Le professeur Philippe Broët explique qu’il coordonne en particulier l’étude de séro-épidémiologie qui vise à évaluer l’évolution des taux de séro-prévalence du SRAS-CoV-2 au sein de la population canadienne à partir des six cohortes populationnelles (consortium CanPath), dont la cohorte québécoise CARTaGENE constituée d’échantillons biologiques et de données sur la santé de plus de 43 000 Québécois et Québécoises.

Dre Fatima Kakkar co-dirige un vaste projet avec des chercheurs de l’Hôpital SickKids de Toronto et la Société canadienne de pédiatrie. L’objectif du projet est de comprendre l’impact de la COVID-19 chez les enfants du Canada, tout particulièrement ceux souffrant d’une maladie chronique. « Il y a une énorme différence entre les manifestations cliniques chez les enfants par rapport aux adultes atteints de la COVID-19. Dans une famille dont tous les membres sont infectés en même temps, on peut observer que l’enfant est asymptomatique, alors que les parents (et les grands-parents) peuvent être très gravement malades. Nous allons donc étudier la différence entre les manifestations cliniques, et la réponse du système immunitaire chez les enfants et leurs parents atteints de la COVID-19. Cela nous permettra de mieux comprendre les mécanismes associés à une forme sévère de la maladie », a déclaré Dre Kakkar. Ces recherches permettront de guider les décisions de santé publique en ce qui a trait à la santé des enfants.

Traitement de la COVID-19 par l'immunisation passive

Dr Philippe Bégin pilote une grande étude canadienne, l’étude CONCOR-1, qui évalue l’impact de l’administration du plasma de patients guéris de la COVID-19 – ou plasma convalescent – à des patients en début de maladie pour leur transférer les anticorps protecteurs. Perfuser le plasma convalescent à une personne atteinte qui exige des soins à l’hôpital pourrait éviter l’évolution vers une forme plus sévère de la maladie. L’étude est déjà déployée sur 14 sites au Québec, auxquels se joindront plus de 40 sites canadiens et américains.

Grossesse et COVID-19 

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Dre Isabelle Boucoiran collabore au projet plus global de Dre Deborah M. Money, de l’Université de la Colombie-Britannique, sur le projet Canadian Surveillance of COVID-19 in Pregnancy: Epidemiology, Maternal and Infant Outcomes. Cette recherche se penche sur les effets largement inconnus de la COVID-19 sur la mère et le foetus pendant la grossesse. L’équipe pancanadienne a lancé un projet prospectif de surveillance nationale pour surveiller les résultats associés à la COVID-19 pendant la grossesse. Ce projet déterminera le fardeau du virus chez les femmes enceintes au Canada, ainsi que les problèmes maternels et infantiles associés à l’infection, notamment la possibilité de transmission de la mère au foetus pendant la grossesse ou après l’accouchement.

Pre Sylvie Girard et son équipe participent à une étude multicentrique visant à analyser les tissus de femmes ayant été infectées par la COVID-19 et ceux de femmes ne l’ayant pas été, et qui ont accouché pendant la même période. L’étude a pour but de faire avancer la compréhension encore très embryonnaire des effets du virus sur les femmes enceintes et leurs bébés. Cette enquête s’attache à l’analyse fine des risques multiples associés à la COVID-19 dans ce contexte, en particulier ceux liés à l’inflammation, au stress et à leurs impacts sur le placenta et le cerveau en développement.

En outre, dans le cadre du projet CONCEPTION, une équipe scientifique multicentrique internationale (Canada, France, États-Unis) dirigée par Pre Anick Bérard mène une vaste étude auprès des femmes enceintes pendant la COVID-19. Cette étude constituera un outil précieux pour comprendre les conséquences des bouleversements associés à la pandémie. L’enquête se penchera sur l’impact des lignes directrices de santé publique et des politiques hospitalières sur les mères et leurs bébés.

« On estime que la pandémie COVID-19 et ses mesures d’isolement auront un impact encore plus grand que ceux observés lors de la crise du verglas sur la santé psychologique des femmes enceintes. Cette étude multi-provinces et internationale nous permettra de quantifier l’impact psychologique à court et à long-terme (cinq ans post-partum) du confinement sur 5 000 femmes durant et après la grossesse, ainsi que sur la santé de leurs enfants. Cela nous permettra d’avoir un portrait international et de déterminer des facteurs de résilience qui serviront aux décideurs de la santé pour les prochaines vagues de la pandémie. Trois mille cinq cents femmes ont déjà été recrutées et les résultats préliminaires sont attendus à l’automne 2020 », conclut Pre Anick Bérard.

En bref, d'autres approches

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Les modèles et simulations (M&S) qui prédisent l’évolution d’une épidémie et l’impact des interventions de santé publique dépendent d’une description mathématique des mécanismes biologiques et sociaux qui expliquent la transmission des infections. Le projet de Pr Simon de Montigny vise à créer des modèles mathématiques permettant d’analyser de gros volumes de données de santé publique.

Pour trouver des moyens de traiter la COVID-19, les scientifiques doivent mieux comprendre la dynamique de l’infection par le virus SRAS-CoV-2, qui provoque la maladie. Pre Morgan Craig et sa post-doctorante Adrianne Jenner dirigent une équipe interdisciplinaire nord-américaine qui vise à mettre au point des modèles de simulation du fonctionnement du virus dans l’organisme pour aider à développer des approches thérapeutiques.

Enfin, Dr Mathieu Dehaes travaille à développer une nouvelle approche de détection du virus dans le sang d’enfants et adultes qui serait plus rapide et plus facile à mettre en oeuvre que les approches présentement utilisées.



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Mise à jour le 22 septembre 2020
Créée le 21 septembre 2020
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