Depuis plusieurs années, des groupes d’apprentissage du vélo prennent vie au Centre de réadaptation Marie Enfant (CRME), offrant à des jeunes issus de différents programmes l’occasion de développer leurs habiletés dans un cadre structuré et stimulant. Bien que l’enseignement du vélo fasse partie des pratiques depuis plus de 20 ans, notamment en accompagnement individuel, ces groupes transversaux permettent aujourd’hui de rassembler les jeunes et d’enrichir l’expérience par une approche collective.
Encadrés par des ergothérapeutes et des physiothérapeutes, ces cours, d’une durée de huit semaines, visent bien plus que l’acquisition d’habiletés motrices. Les enfants y sont référés lorsqu’un besoin est exprimé, que ce soit par eux-mêmes ou par leur famille, pour gagner en aisance, suivre leurs amies et amis ou, pour certains, pouvoir se rendre à l’école à vélo.
« On l’oublie une fois adulte, mais le vélo est une activité complexe. Et ce n’est pas seulement une question de pouvoir en faire ou non, souligne Brigitte Leblanc, ergothérapeute. En découpant l’apprentissage en étapes, on permet aux jeunes de vivre des réussites bien avant d’être capables de pédaler de façon autonome. »
Car derrière ce geste en apparence simple se cache une série d’habiletés à acquérir progressivement. Les jeunes apprennent d’abord à manipuler leur vélo, comme le soulever, le déposer, marcher à côté, puis à apprivoiser leur équilibre en marchant assis sur la selle. Viennent ensuite les premiers déplacements : rouler en équilibre avec les pieds soulevés, avec une poussée initiale ou un léger accompagnement, descendre une pente en contrôlant leur posture, puis intégrer graduellement le pédalage.
Au fil des séances, les apprentissages se raffinent. Les jeunes démarrent avec ou sans aide, pédalent sur un sentier, tournent, freinent, ajustent leur vitesse. Cette progression structurée permet de développer des compétences essentielles comme la coordination, l’équilibre, la planification motrice et la confiance, tout en maintenant l’engagement des jeunes. Les intervenantes misent sur des stratégies adaptées et un encadrement bienveillant pour soutenir chaque jeune dans ses progrès, à son rythme.
« Une grande proportion de la clientèle du CRME peut apprendre à faire du vélo, qu’il s’agisse des enfants présentant un trouble développemental de la coordination (TDC), une déficience intellectuelle légère (DIL) ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Des adaptations peuvent aussi être intégrées selon les besoins », ajoute Brigitte.
Au-delà des habiletés motrices, le vélo occupe une place importante dans la vie des jeunes. À partir de 7 ans, il devient une activité centrale de loisirs, de socialisation et d’inclusion. Pouvoir faire du vélo, c’est pouvoir faire comme les autres, participer aux jeux, suivre ses camarades, bref, trouver sa place dans le groupe.
Pour Liam, par exemple, la motivation est bien claire : être capable de se rendre à l’école à vélo, comme les enfants de son âge. Un objectif concret, porteur de sens, qui alimente sa persévérance tout au long du parcours.
Des gains qui dépassent largement le vélo
Au fil des semaines, les progrès sont tangibles, autant sur le plan moteur que sur le plan personnel. Chaque étape franchie, comme maintenir son équilibre, monter une pente ou réussir un premier trajet contribue à bâtir la confiance.
« Les enfants sont extrêmement fiers lorsqu’ils réussissent… et leurs parents le sont tout autant », souligne Josée Delambre, ergothérapeute. Ces victoires, parfois discrètes en apparence, représentent des jalons importants dans leur cheminement.
Mais les retombées vont bien au-delà. Apprendre à faire du vélo favorise l’estime de soi, soutient la motivation et ouvre la porte à une activité physique accessible et valorisante. Participer à un groupe permet aussi de créer des liens et de partager des réussites avec des pairs vivant des défis similaires.
Car au cœur de cette initiative, il y a bien plus que le vélo; il y a des intervenantes et des intervenants passionnés, des jeunes engagés et des familles impliquées. Ensemble, ils transforment chaque coup de pédale en une avancée vers plus d’autonomie, de confiance, de liberté et de participation à la vie quotidienne.
Alexandro-Rodrigo, Liam, Hassan et Anfel sont bien supervisés par les ergothérapeutes Josée Delambre et Brigitte Leblanc et la stagiaire en ergothérapie Jeanne Gauthier-Benoit.