Derrière chaque indicateur, il y a des personnes, des habitudes et un contexte qui est propre à chaque milieu. Au CHU Sainte‑Justine, l'objectif n’est plus d'avoir accès aux données, mais de savoir les interpréter et les utiliser de manière concrète, pour prendre les bonnes décisions, au meilleur moment.
C’est avec cette vision qu’est né Données en action, un projet phare de la transformation numérique, qui propose des ateliers de formation aux gestionnaires pour ancrer les données dans la réalité du terrain.

Sur la photo (de droite à gauche) François St-Amant, Ariane Cambron, Fares Massaad, Dominiq Vincent / Crédit Véronique Lavoie
Un apprentissage repensé
L’atelier Données en action a récemment vécu une métamorphose. Les éditions précédentes étaient très théoriques et les personnes participantes en ressortaient sans être réellement outillées pour l’usage des données au quotidien. Le format a donc été redéfini et l'atelier dépasse dorénavant la transmission de connaissances, pour susciter une véritable réflexion sur les pratiques.
Concrètement, les ateliers se déroulent en deux temps. Une première séance permet aux gestionnaires de se familiariser avec les outils disponibles, notamment les tableaux de bord cliniques et de ressources humaines, et d’en comprendre les fonctionnalités. La seconde séance plonge les participantes et les participants dans des exercices et des mises en pratique appliquées à leur réalité.
« L’objectif n’est pas seulement de trouver une réponse dans un tableau, mais surtout de développer un raisonnement », explique Dominiq Vincent, adjoint au directeur en intelligence d’affaires RH et animateur de l’atelier. Les participantes et les participants sont invités à croiser des données, à établir des liens et à interpréter les résultats dans leur contexte pour mieux comprendre une situation.
« L’idée est de montrer l’univers des possibles avec les données, tout en permettant aux organisateurs de l’atelier de mieux comprendre les besoins du terrain et d’ajuster les outils en conséquence », précise François St-Amant, chef de service en Valorisation des données et pilotage des systèmes d’information.
Un impact tangible sur les pratiques des gestionnaires
Pour Fares Massaad, chef de soins et services à l’unité d’hospitalisation hémato-oncologie et thérapie cellulaire, cet atelier a eu une influence concrète sur sa vision de son département.
« Les exercices proposés m’ont aidé à analyser la composition de mon équipe. Les constats qui en ont découlé ont ensuite permis de mettre en place un projet de soutien clinique pour les nouvelles recrues. »
Lorsque la donnée est bien maîtrisée, elle permet non seulement de mieux comprendre une situation, mais aussi d’orienter des actions concrètes et d’améliorer nos façons de faire.
Une culture où la donnée devient un réflexe
Au-delà des apprentissages individuels, l’atelier Données en action s’inscrit dans une ambition plus large : faire de la donnée un réflexe opérationnel.
Là où les décisions reposaient autrefois davantage sur l’intuition, en raison de la difficulté d’accès à l’information, les outils actuels permettent d’appuyer les réflexions sur des bases solides, accessibles en quelques clics.
« On a toujours suivi des indicateurs, mais les travaux qui ont été faits au cours des dernières années nous ont permis de développer des outils pour manipuler et visualiser la donnée, au bout de nos doigts », affirme Dominiq. « Ça a eu un effet catalyseur sur la culture dans l'établissement. Le souhait derrière cet atelier est que l'appui sur la donnée devienne un réflexe, une seconde nature. »
Maximiser l’utilisation des données pour la prise de décision est l’une des initiatives prioritaires du Plan d’établissement 2025-2028 du CHU Sainte-Justine, illustrant l'ambition de notre institution à adopter des pratiques toujours plus justes et performantes.
Un accompagnement appelé à évoluer
Pour Ariane Cambron, conseillère cadre au sein de l’équipe Valorisation des données et analytique (VALDA) et animatrice de l’atelier, la proximité avec les utilisatrices et les utilisateurs est essentielle pour identifier des pistes d’amélioration. « Nos partenaires ont des niveaux de littéracie des données très différents », souligne-t-elle. « Bien souvent, nous devons prendre un pas de recul et nous assurer que les bases sont bien acquises avant de présenter des fonctionnalités plus avancées. »
L’initiative continue d’évoluer pour répondre aux besoins des gestionnaires. Leurs capacités croissantes ne réduisent pas pour autant les besoins d’accompagnement. « Plus les gestionnaires deviennent à l’aise avec les données, plus leurs analyses se complexifient », observe François. Les demandes évoluent ainsi vers des interprétations plus poussées, des croisements de données et même de la prédiction.
Un constat s’impose : la donnée n’est plus un concept abstrait ou seulement un outil d’analyse. Elle devient, de plus en plus, un point d’ancrage commun pour penser, décider et s’améliorer au quotidien.