Depuis quelques semaines, un groupe d’intervention destiné aux jeunes présentant un trouble développemental de la coordination (TDC) s’active sur le mur d’escalade du Centre de réadaptation Marie Enfant (CRME). L’objectif : utiliser cette activité dynamique comme porte d’entrée pour travailler les habiletés motrices d’enfants âgés de 8 à 12 ans. Si le TDC fait partie des handicaps invisibles, ses impacts sont pourtant bien réels pour les enfants qui doivent composer avec des difficultés quotidiennes liées à la planification, à l’exécution et à la coordination de leurs mouvements.
« L’escalade est une excellente modalité pour travailler diverses composantes utiles au quotidien comme l’organisation dans la tâche, la planification motrice, le contrôle postural, la coordination bilatérale, la coordination œil-main et la force musculaire, notamment de préhension, tout en soutenant les objectifs de réadaptation », explique Emma Robino, physiothérapeute et chercheuse professionnelle de la santé au Programme Déficience motrice (DM), trajectoire Troubles de développement moteur.
Ce projet pilote récemment complété au CRME permettra maintenant à l’équipe d’évaluer de façon plus structurée l’intégration potentielle de l’escalade dans la trajectoire de services.
Pour Mathilde Charron, ergothérapeute au Programme déficience motrice (DM), ce projet revêt une dimension toute personnelle. « L’escalade est une passion pour moi depuis plus de sept ans. Il s’agit d’un sport très complet, autant sur le plan physique que cognitif. Pouvoir transmettre cette passion à des jeunes est une expérience extrêmement enrichissante. »
Le mur d’escalade, financé grâce au Fonds Mélio de la Fondation CHU Sainte-Justine, offre aux jeunes un terrain de jeu où travailler la coordination représente un défi constant. « Le TDC est un trouble du « comment faire » qui affecte la planification et la coordination de tous les gestes moteurs au quotidien, comme s’habiller, écrire ou jouer au ballon. Chaque nouvel apprentissage nécessitant l’utilisation du corps demande un effort supplémentaire, à la fois physique et cognitif », poursuit Mathilde.
Au-delà de l’activité elle-même, le mur sert surtout de contexte ludique pour enseigner l’approche CO-OP, une stratégie qui aide les enfants à développer des outils transférables à l’ensemble de leur quotidien. Car le TDC les accompagnera tout au long de leur vie.
Des apprentissages qui dépassent le mur d’escalade
Et les progrès ne se sont pas fait attendre! « En quatre semaines, nous avons observé une réelle progression des habiletés sur le mur, souligne Mathilde. Cependant, les retombées globales du projet pilote doivent maintenant être analysées en profondeur dans chacune de nos disciplines. »
Un autre résultat marquant : la motivation. « Participer en groupe avec d’autres jeunes vivant des défis similaires, combiné à l’usage de technologies interactives, a vraiment soutenu leur mobilisation et leur persévérance », indique Emma. Plusieurs jeunes ont même démontré un intérêt renouvelé pour participer à des activités dans la communauté et pour compléter leurs exercices à la maison. Des effets tangibles et encourageants.
Car la force de l’escalade, c’est d’abord l’envie de jouer. L’enfant fournit un effort soutenu, mais dans un environnement ludique où chaque défi devient une occasion de s’amuser et de se dépasser.
📸CHU Sainte-Justine (Véronique Lavoie)