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Capsules de sensibilisation


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Des capsule informatives sont diffusées périodiquement afin de faire découvrir des réalités et facettes peu connues des cultures autochtones.

Elles visent à outiller et guider les équipes du CHU Sainte-Justine dans leurs différentes relations et interventions avec nos patientes, nos patients autochtones et leurs familles, afin de rendre les soins et services culturellement sécurisants.
 


Pourquoi est-il important de souligner la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation ?

Pendant de nombreuses décennies, les pensionnats autochtones ont causé d’importants traumatismes physiques et psychologiques, sans que cela soit connu et reconnu à l’extérieur des communautés autochtones.

La reconnaissance de cette sombre réalité, de même que la prise de conscience de ses impacts dévastateurs sur de nombreuses générations, familles et communautés, sont au centre de cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation créée en 2021, et du processus de guérison entrepris entre Autochtones et Allochtones (non-autochtones). Cette journée a d’ailleurs été créée par Ottawa à la suite d’événements, de commissions et de rapports marquants quant au sort et aux conditions de vie des Autochtones au Canada.

Le destin de plusieurs enfants autochtones, éloignés de force de leur famille, puis disparus, demeure encore obscur à ce jour. Cette journée marque un moment pour leur rendre hommage et réfléchir au sort de l’ensemble des victimes des pensionnats.

Quant aux survivantes et survivants, plusieurs portent encore les marques de l’époque des pensionnats. Pendant des décennies, des communautés ont été brisées, des familles, séparées de force de leurs êtres chers, et des enfants, privés de précieuses relations familiales sécurisantes, scolarisés dans des milieux dévalorisant leurs racines, leurs traditions, leur identité profonde et leur dignité.

Encore aujourd’hui, les séquelles de ce traumatisme se transmettent de génération en génération. Des milliers d’Autochtones de tous âges au Québec et au Canada sont habités par des blessures profondes qui ont pour origine l’époque des pensionnats.

Cette journée peut réveiller de pénibles souvenirs chez les personnes autochtones qui vous entourent. Nous vous encourageons à faire preuve de compassion et d’empathie.
 

Et pourquoi porter un chandail orange?

Le chandail orange rappelle l’histoire de Phyllis Webstad. En 1973, à l’âge de 6 ans, la jeune autochtone a été forcée de fréquenter un pensionnat de Colombie-Britannique. On lui a alors confisqué le chandail orange neuf offert par sa grand-mère avant le début des classes. Le sentiment qui l’a alors envahie était celui de ne pas avoir d’importance.  

Aujourd’hui, le chandail orange est porté pour rendre hommage aux survivants des pensionnats autochtones et à leur famille. Ce symbole, de même que le slogan « Chaque enfant compte », sont choisis par les communautés autochtones et permettent de cheminer dans le processus de guérison. 


Pour aller plus loin

Si vous souhaitez approfondir votre compréhension de cette journée et des réalités vécues par les Premières Nations et les Inuit, voici quelques pistes pour poursuivre votre réflexion.

Contribuer à sa façon :

  • Porter un chandail orange pour rendre hommage aux enfants disparus, aux survivantes et survivants des pensionnats ainsi qu'à leur famille;
  • Écouter un balado ou visionner un documentaire réalisé par ou avec des personnes autochtones;
  • Lire un témoignage, un livre ou un article portant sur l'histoire des pensionnats et leurs répercussions encore présentes aujourd'hui;
  • Prendre le temps d'échanger et d'apprendre sur les réalités contemporaines des peuples autochtones, au-delà de l'histoire des pensionnats;
  • Participer aux activités de sensibilisation offertes dans votre milieu ou votre communauté.

Quelques suggestions :

🎧 Balados

📚 Livres

  • Quand on était seuls : livre jeunesse de David A. Robertson, également disponible en version numérique
  • Je ne suis pas un numéro : livre jeunesse, album coup de poing de Kathy Kacer et Jenny Kay Dupuis 
  • Kuei, je te salue : conversation sur le racisme de Natasha Kanapé Fontaine et Deni Ellis Béchard 
  • 7 générations : une série de bandes dessinées par David A. Robertson
  • Mes droits et moi : un livre numérique produit sous forme de conte qui explique aux enfants leurs droits
  • Au nord de nulle part, le chant d'une commissaire à la vérité et à la réconciliation : de Mary Wilson. Traduction française de North of Nowhere: Song of a Truth and Reconciliation Commissioner (2024) 

🎥 Films et documentaires

  • Les enfants perdus (2007) : documentaire de Dalhya Newashish, 11 minutes , en français
  • Nous n'étions que des enfants (2012) : long métrage (1 h 28) de l'ONF, en anglais (2012)
  • Cheval indien (Indian Horse) (2017) : long métrage (1 h 41) en français ou en anglais, disponible sur plusieurs plateformes de diffusion. Ce film a remporté plusieurs prix.
  • Sœurs et frères (2015) : Court métrage (3 minutes) de Kent Monkman utilisant les archives de l’ONF.
  • Waapake (2023) : long métrage (1 h 20) de Jules Arita Koostachin, qui traite de cette journée.

Chacune et chacun d'entre nous peut développer une meilleure compréhension des réalités autochtones, contribuant notamment à favoriser des relations empreintes de respect, d'ouverture et d'humilité. Ces apprentissages sont au cœur de la sécurisation culturelle et participent à offrir un environnement plus accueillant et sécurisant pour les patientes, les patients, les familles et les collègues autochtones. 


L’art chez les peuples autochtones

Pourquoi le 21 juin ?

Le 21 juin est la Journée nationale des peuples autochtones correspondant au solstice d’été célébré depuis des millénaires. Cette journée reconnaît la richesse, la diversité et la vitalité des cultures autochtones au Canada. À travers l'artisanat les peuples autochtones expriment leur identité, transmettent leurs savoirs et font vivre des traditions qui évoluent et se renouvellent encore aujourd’hui.

 

L’art comme vecteur d’identité et de transmission

Les expressions artistiques autochtones — qu’elles soient musicales, visuelles, littéraires, culinaires, vestimentaires, arts de la scène ou performance — sont bien plus que des formes d’art. Elles sont des moyens de transmission culturelle, de résistance, de guérison et de dialogue, reliant les générations, les territoires et les communautés.

Littérature :

  • La bibliothèque du CHU Sainte-Justine possède une sélection variée de livres autochtones
  • La librairie Hannenorak regroupe une multitude de livres autochtones à découvrir

Essayer un des livres de : Joséphine Bacon, Dawn Dumont, Naomi Fontaine, Natasha Kanapé Fontaine, Mini Aodla Freeman, Marie-Andrée Gill, Tomson Highway, Michel Jean,  etc.

  • Théâtre : Ondinnok, Onishka (Émilie Monnet), Menuentakuan, etc.
  • Mode/Designers : Tammy Beauvais Designs, Warren Steven Scott, etc.

 

Musiques et voix autochtones contemporaines

La musique autochtone est profondément ancrée dans la tradition orale, le rythme et le lien au territoire. Aujourd’hui, de nombreux artistes allient langues autochtones, chants traditionnels et styles contemporains tels que le folk, le hip-hop, l’électro, le reggae, le blues, le rap, le rock ou le classique contribuant à faire rayonner les cultures autochtones sur les scènes locales et internationales.

Prenez le temps d’écouter des listes de lecture d’artistes autochtones ou de participer à des événements musicaux autochtones

  • Émission musicale : Minotan avec Samian, Ici Musique, 100,7, les vendredis soir de 22 h à 24 h 
  • Festival de musique Innu Nikamu à Mani-Utenam, chaque été depuis plus de 40 ans
  • Chanteurs et musiciens : Elisapie, Beatrice Deer, Cris Derksen, Willie Dunn, Jeremy Dutcher, Soleil Launière, Laura Niquay, Shauit, Tanya Tagaq, Florent Vollant, a Tribe called Red, etc.

La musique va au-delà des mots, elle est spirituelle, innée je dirais. Pour la majorité des peuples, la musique fait partie des rituels, des prières, des célébrations.

Florent Vollant

Entrevue avec Florent Vollant : quelque chose de plus grand…

 

Radios, balados et médias autochtones

Les radios et médias autochtones jouent un rôle essentiel dans la diffusion des cultures, des langues et des réalités autochtones. Ils offrent des espaces d’expression, d’information et de création par et pour les communautés, tout en favorisant une meilleure compréhension auprès du grand public.

  • Kuei! Kwe! (Melissa Mollen Dupuis) à Radio-Canada

 

Arts visuels: entre traditions et créations modernes 

Les arts visuels autochtones — peinture, sculpture, photographie, cinéma, design d’objets ou mode — s’inspirent souvent de symboles ancestraux, de la nature et des récits traditionnels. De nombreuses créatrices et de nombreux créateurs autochtones réinterprètent ces codes avec une approche contemporaine originale, affirmant fièrement leur identité culturelle à travers leurs œuvres.

  • Expositions : Galerie Daphne, la Guilde, Musée des Beaux-Arts, Musées, etc.
  • Artistes visuels : Kenojuak Ashevak, Eruoma Awashish, Rebecca Belmore, Ludovic Boney, Maria Hupfield, Alex Janvier, Kent Monkman, Caroline Monnet, Norval Morrisseau, Nadya Myre, Nancy Saunders, etc.
  • Cinéma : festival Présence autochtone : Accueil - Présence Autochtone, le Wapikoni mobile, films autochtones de l’ONF, etc.
  • Cinéastes : Jeff Barnaby, Zacharias Kunuk, Alanis O’bomsawin, Kim O’bomsawin, etc.
  • Séries télévisées : North of North (2025)

 

Cuisines autochtones : une culture du territoire et du partage

Les cuisines autochtones mettent en valeur les aliments du territoire et les savoir-faire liés à la chasse, à la pêche et à la cueillette misant sur le partage . Aujourd’hui, plusieurs cheffes cuisinières et chefs cuisiniers autochtones revisitent ces traditions en les adaptant aux réalités actuelles, tout en mettant de l’avant une alimentation durable et respectueuse de l’environnement.

  • Laissez-vous tenter par la cuisine de cheffes cuisinières et chefs cuisiniers : Swaneige Bertrand, Shane Chartrand, Ryland Dionne, Messy Kitchen, Lysanne O’Bomsawin, etc.

 

Reconnaître, célébrer et écouter

En cette Journée nationale des peuples autochtones, prenons le temps de découvrir, d’écouter et de célébrer la richesse des expressions artistiques autochtones. Valoriser ces formes d’art, c’est aussi reconnaître les peuples, leurs propres histoires, leur présence et leur collaboration vivantes, et un apport enrichissant à la société actuelle.


Les périodes hivernales chez les peuples autochtones

À travers les territoires autochtones, la diversité des milieux façonne les modes de vie et les traditions. Pendant des millénaires, les communautés se préparaient avec soin pour affronter l’hiver, dans le respect de la nature et des cycles saisonniers.

 

Adaptation, préparatifs et savoir-faire traditionnels

L’hiver imposait une organisation minutieuse aux peuples autochtones. Pour assurer leur survie, ils préparaient des aliments nutritifs comme le pemmican, un mélange de viande séchée, de graisse et de baies qui se conservait longtemps. Leur ingéniosité se reflétait aussi dans la fabrication d’objets adaptés aux conditions extrêmes : des raquettes de formes diverses, conçues selon la nature de la neige et l’environnement parcouru (forêt, de la montagne ou de la toundra), ainsi que des lunettes inventées par les Inuit pour se protéger de l’éblouissement causé par la neige.

Malek m’avait fait cadeau d’une paire de raquettes légères et parfaitement adaptées à mon poids, qu’il avait fabriquées en bois d’épinette et tissées de babiche. Son geste m’avait touchée. 

Kukum, de Michel Jean

Les chiens de traîneaux étaient essentiels pour le transport, la chasse et la vie quotidienne. Ils faisaient partie intégrante de la famille et les enfants les affectionnaient particulièrement. Aujourd’hui, les motoneiges et véhicules tout-terrain sont utilisés comme moyen de transport utilitaire pour les déplacements vers les campements d’hiver, tentes prospecteurs ou chalets. La neige et les rivières gelées ouvrent des routes naturelles, et chez les Inuit, les inukshuk continuent de servir de repères dans les vastes étendues glacées.

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Photo : Thomas Lipke

 

Activités hivernales et vie communautaire

Les hommes se consacrent à la chasse, à la trappe, à la pêche sous la glace, à la fabrication de toboggans chez les Premières Nations ou de qamutik chez les Inuit, ainsi qu’à la collecte de bois. Les femmes, quant à elles, s’emploient à l’artisanat et à la confection de vêtements adaptés aux rigueurs du climat : mocassins, mukluks, parkas et mitaines. Les peaux fumées assurent l’imperméabilité, tandis que la fourrure procure chaleur et confort.

Les familles élargies se rassemblent autour du feu pour écouter les aînés, partager des histoires, des légendes et des rires. Ces moments renforcent les liens et favorisent les échanges culturels entre générations.
 

Une perception unique du temps

La notion du temps « circulaire » des mentalités autochtones s’adapte aux changements saisonniers et se manifeste dans le « présent », le vécu immédiat.

L’hiver, surtout dans les régions nordiques, transforme ce rythme : plus on monte vers l’Arctique, plus les journées raccourcissent et la lumière se fait rare, invitant au repos. Là-bas, le soleil apparaît puis disparait rapidement, traçant une courbe furtive dans le ciel. Les enfants partent à l’école et reviennent à la maison dans une obscurité teintée d’un bleu lumineux, reflet de la neige.

Je me souviens du mot mistahi-sâkahikan (gros lac) pour désigner Peerless Lake, une petite communauté cri au nord de l’Alberta. Les maisons en bois rond étaient éloignées et sans électricité. Tôt le matin, pour réveiller les familles, deux chevaux ornés de cloches tiraient une charrette à travers la communauté. Une heure plus tard, ils repassaient pour embarquer les enfants, leurs rires résonnant malgré le froid. L’hiver, une petite cabane chauffée au poêle à bois couvrait la charrette et protégeait les passagers. Vive l’autobus de mistahi-sâkahikan et sa boucane !

Anecdote de Guilaine (Nehiyaw – Cris de l’Ouest)
Cette scène magique, surtout lorsqu’il neigeait, illustre la créativité et la joie malgré les froids extrêmes.
 

Hier et aujourd'hui

Autrefois, les peuples autochtones étaient nomades, se déplaçant continuellement pour suivre les ressources naturelles. Aujourd’hui, la sédentarisation et les infrastructures modernes ont transformé ces pratiques, mais certaines habitudes saisonnières perdurent. Les expériences traditionnelles sont toujours valorisées : de nombreuses familles retournent régulièrement sur leurs territoires ancestraux pour se ressourcer.

Parallèlement, de nouvelles activités créatives, sportives et culturelles émergent d’une génération à l’autre. La popularité des musiciennes et musiciens autochtones en est un bel exemple. Artistes, autrices et auteurs, comédiennes et comédiens, conteuses et conteurs, cuisinières et cuisiniers, campeuses et campeurs, équipes de hockey et même le monde de la mode s’inspirent de l’imaginaire hivernal et de leurs propres traditions autochtones. Les gens ne craignent pas le froid, car leurs mouvements gardent au chaud!

Périodes hivernales

Illustration : Guilaine St-Pierre


Identification et statut autochtones

Bien avant l’arrivée des Européens, les peuples autochtones avaient leurs propres systèmes d’identification pour établir qui était membre de leur nation, les liens familiaux ainsi que les relations sociales entre les différentes nations. Les noms attribués provenaient souvent d’une caractéristique de la personnalité de l’individu, d’un parent ou d’un événement lié à celui-ci, et ce, dans leur propre langue autochtone.

À partir de 1869, le gouvernement canadien s'est attribué le pouvoir de déterminer qui était reconnu comme autochtone ainsi que leurs descendants selon leurs propres règles colonisatrices, sans le consentement des Autochtones eux-mêmes.

L'Acte pour encourager la civilisation graduelle, en 1869, et la première Loi sur les Indiens, et en 1876, ont introduit une définition plus étroite de ce qu'est un « Indien ».

Le « statut d' Indien » est le statut juridique d'une personne inscrite en vertu de la Loi sur les Indiens. Aujourd’hui, le terme autochtone est utilisé, le mot « Indien » est à proscrire, mais il est encore utilisé par le gouvernement.

Une personne ayant le « statut d’Indien » est habituellement un membre d’une communauté des Premières Nations inscrit au  registre des « Indiens » en vertu de la Loi sur les Indiens. Le gouvernement attribue à un membre de la communauté un numéro de bande et un certificat de « statut d’ Indien », c’est-à-dire une carte servant d’identification. La transmission du statut selon la descendance est contrôlée par cette même loi.

Toutefois, il en fut autrement pour les Inuit. De 1941 à 1978, inspiré de l’identité des membres de l’armée, le gouvernement du Canada a attribué à chaque Inuk (personne) des numéros d’identification personnels étampés sur un disque en cuir appelés « numéros de disques ». Chaque Inuk (personne) devait le porter en tout temps.

Ces numéros étaient requis dans toutes les interactions avec le gouvernement, qu’il s’agisse du suivi des activités de chasse, du piégeage, des services médicaux, de l’éducation, du logement, des allocations familiales ou encore de l’obtention de nourriture et de fournitures. Ce système était propre aux Inuits.

L'Encyclopédie canadienne, 2023

 

Numéro de bande et numéro « N » 

Le « numéro de bande » des membres des Premiers peuples et « le numéro N » d’une personne inuit sont exigés pour recevoir les Services de Santé Non Assurés (SSNA) pour les Premières Nations ((voir la capsule précédente) et les Inuit du Nunavuk (nord-est), les Inuvialuit (nord-ouest) ainsi que les Inuit du Nunavik (nord du Québec) n’habitant pas au Nunavik. Ce programme est également géré par le gouvernement fédéral au service des communautés autochtones au Québec, à l’exception des résidents des communautés Cris et des villages inuit du Nunavik.

Les Cris et les Inuits du Nunavik (au nord du Québec) ont une entente avec le gouvernement provincial dû à des traités modernes et à des règlements de revendications territoriales. Il s’agit de la Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ).

Pour les Eeyouch et Eenouch (Cri), le Conseil de la santé et des services sociaux de la Baie James assure la gestion et l’organisation des services de santé et des services sociaux dans les neuf communautés cris en partenariat avec le Ministère de la santé et des services sociaux du Québec.

Le réseau de la santé et des services sociaux du Nunavik comprend la Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik, le Centre de santé Inuulitsivik (côte d’Hudson) et le Centre de santé Tulattavik de l’Ungava (côte d’Ungava). La Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ) et les conventions complémentaires ont établi les balises pour le développement des services de santé et des services sociaux sur le territoire du Nunavik. L’organisation des soins de santé et des services sociaux relève du système provincial, mais elle est adaptée aux réalités de la région. 

Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik

 

Processus d'obtention du « numéro de bande » et du « numéro N »

Le droit à l'inscription en vertu de la Loi sur les Indiens (Premières Nations) est fondé sur le degré de descendance d'ancêtres qui sont inscrits ou ont le droit de l'être. Les critères d’admissibilité au statut autochtone (« statut d’Indien ») sont grandement complexes et ont changé dans les dernières décennies. L’inscription du numéro de bande est gérée par le conseil de bande de la communauté ou par Services aux Autochtones Canada (SAC), ministère du gouvernement du Canada. Le SSNA a accès au « Registre des Indiens » inscrits (membres des Premières Nations).

Pour obtenir le « numéro N », les Inuit vivant hors d’un village du Nunavik ou en milieu urbain doivent faire la demande auprès du SSNA qui exige la preuve d’être bénéficiaire de la région des ententes et négociations territoriales en question. Pour les Inuit habitant au Nunavik, la Société Makivvik se charge des inscriptions et de l’adhésion des bénéficiaires des 14 villages nordiques inuit du Nunavik.


Il faut reconnaître que ce ne sont pas toutes les personnes autochtones qui ont un numéro de bande ou sont inscrits au « Registre des Indiens ». De plus, la réalité complexe de la Loi sur les Indiens limite le droit à l’inscription (plus de détails ici). Dans une communauté autochtone, le besoin d’être reconnu autochtone d’après les normes gouvernementales n’est parfois pas nécessaire. Les liens familiaux sont de toute évidence, car les gens se connaissent et sont reconnus par le conseil de bande. Plusieurs aînées ou aînés autochtones ne sont pas inscrits et les démarches pour l'être ne sont pas toujours faites auprès des autorités par choix ou pour toute autre raison. En fait, c’est lorsque les gens ont besoin de services hors de leur communauté, par exemple au CHU Sainte-Justine ou toute autre institution en milieu urbain (pour recourir aux services du SSNA), que cette identification est obligatoirement requise.

Il est donc important de garder à l’esprit que certaines personnes, malgré leur origine autochtone, n’ont pas nécessairement une preuve de ce statut en main, et ce pour divers facteurs administratifs et/ou générationnels : cela peut avoir un impact sur leur vie quotidienne et sur les services qu’elles pourraient recevoir.

Toutefois, il est à noter que la preuve d’inscription comme Autochtone n’est pas exigée pour obtenir les services de liaison et de navigation pour les Autochtones au CHU Sainte-Justine.

 


Lumière sur les traditions autochtones : Les Pow-wow

Qu’est-ce que c’est?

Un Pow-wow est un rassemblement culturel autochtone célébré en Amérique du Nord, durant la saison estivale. C’est un événement festif où les Premières Nations, les Métis et les Inuit du Canada ainsi que les communautés autochtones des États-Unis se réunissent pour célébrer et faire vivre leur héritage culturel, traditionnel et actuel, leur spiritualité, leur musique, leur danse, leurs cérémonies, leurs créations costumières et leur artisanat.

Qu’est-ce que ça représente?

Le Pow-wow est bien plus qu’un simple festival :

  • Il renforce les liens communautaires et permet d'échanger en famille et entre amis.
  • Il honore les ancêtres et les traditions.
  • Il est un acte de résistance culturelle, surtout après des siècles de colonisation et d’interdictions culturelles.
  • Il permet aussi de transmettre les savoirs aux jeunes générations.

Comment ça se passe?

Un Pow-wow suit souvent une structure définie, bien que chaque communauté puisse avoir ses propres variantes :

1) L’ouverture (Grand Entry) :

Les danseurs entrent en procession menés par des ainés accompagnés de personnes importantes et de participants portant fièrement leurs costumes et accessoires traditionnels appelés «regalia». C’est un moment solennel, grandiose, vibrant de chants et de tambours.

2) Les danses :

Il existe plusieurs styles de danses, chacune ayant une signification particulière : Danse traditionnelle des hommes : imite les mouvements de chasse ou de guerre. Danse des femmes en robe à clochettes (jingle dress) : associée à la guérison. Danse des cercles (fancy dance) : très rapide et acrobatique. Danse des rubans (shawl dance) : symbolise la transformation, souvent comparée au vol d’un papillon.

3) Les chants et tambours

Les groupes joueurs de tambours ont un rôle central. Le tambour est considéré comme le cœur battant du Pow-wow. Les chants sont souvent en langues autochtones et racontent des histoires ou rendent hommage à des esprits.

4) Les cérémonies

Certaines cérémonies sont sacrées et comprennent des prières, des offrandes de tabac ainsi que des moments de silence pour honorer les ancêtres.

5) Les échanges culturels

On y trouve des marchés artisanaux, de la nourriture traditionnelle, des ateliers éducatifs pour les enfants, et des échanges culturels entre différentes nations.

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Photo © Tous droits réservés Joni-Louka Bertrand

La beauté des particularités de chaque communauté

Certaines nations autochtones ont leurs propres particularités lors des Pow-wow. Par exemple, les Anishinaabe mettent l’accent sur la danse de guérison, les Cris ont des styles de tambours et de chants uniques, et les communautés de la côte Ouest incluent des masques et des danses cérémonielles maritimes.

La beauté de ces Pow-wow réside dans la diversité des regalia colorés et de l’ambiance rythmée qui y règne et anime chaque personne participant à l’expérience.

C’est également un lieu de partage et de découverte pour toute personne ouverte à mieux connaître les mondes traditionnels et actuels des Autochtones.


Les programmes gouvernementaux pour les Autochtones

Les financements et couvertures de certains services de santé sont différents pour les Autochtones et les Allochtones. Plusieurs programmes existent pour les familles issues de ces communautés que vous accompagnez et la navigation à travers ces diverses options peut être complexe. En voici donc quelques-uns.


Programme des services de santé non assurés (SSNA)

Le programme des services de santé non assurés (SSNA) offre aux membres des Premières Nations et aux Inuit une couverture de frais associés à une gamme de soins de santé médicalement nécessaires (selon une liste précise d'admissibilité et de règles) lorsque ces prestations ne sont pas couvertes par d’autres programmes sociaux, régimes d'assurance privés ou régimes d'assurance-maladie provinciaux ou territoriaux.

Admissibilité :

  • Enfant de moins de 2 ans dont le parent est admissible;
  • Membre d’une Première Nation inscrit aux termes de la Loi sur les Indiens et résidant au Canada;
  • Personne inuit reconnue par une organisation inuit de revendication territoriale, résidant à l’extérieur du territoire conventionné depuis 10 ans et plus (numéro N requis pour avoir accès au programme).

Services couverts :

  • Soins dentaires, soins de la vue, fournitures et équipements médicaux, médicaments, services en santé mentale et transport pour raisons médicales;
  • Une ordonnance de la part d’un professionnel de la santé est exigée.

Deux manières d’obtenir la couverture :

1) Faire affaire avec un fournisseur inscrit

  • De nombreux fournisseurs, comme les pharmaciens, les dentistes, les optométristes et les professionnels de la santé mentale, sont enregistrés auprès des SSNA pour facturer directement à Services aux Autochtones Canada. Ainsi, les personnes admissibles n’ont pas à payer pour les produits et les services reçus.
  • Pour connaître les fournisseurs inscrits, veuillez communiquer avec le point de contact régional des SSNA par téléphone, au : 1-877-483-1575.

2) Demander un remboursement aux SSNA

  • La demande doit être reçue dans un délai d’un an à compter de la date de service ou d’achat pour être admissible au remboursement.
  • Les clientes et clients doivent s'adresser aux programmes de soins de santé publics ou privés ou aux programmes territoriaux auxquels elles et ils sont admissibles avant d'effectuer une demande au programme des SSNA.

Pour en savoir plus :
www.canada.ca/ssna 
Dépliant : Services de santé non assurés (SSNA)


Le principe de Jordan

Nommé en mémoire de Jordan River Anderson, un jeune enfant de la Norway House Cree Nation au Manitoba, le Principe de Jordan vise à permettre aux enfants des Premières Nations d’avoir accès aux mêmes services publics, dont les soins de santé, que les autres enfants au Canada.

Cette initiative permet de répondre aux besoins de tous les enfants, sans égard à leur lieu de résidence, en comblant les lacunes laissées par le financement fragmenté entre différents ordres de gouvernement. Il vise notamment à informer les familles sur les aides disponibles, à coordonner l'accès aux services nécessaires et à fournir des fonds pour garantir que ces services soient accessibles sans délai.

Admissibilité :

Un enfant de moins de 18 ans peut bénéficier des services prévus par le Principe de Jordan s'il vit de façon permanente au Canada et répond à certains des critères suivants :

  • L’enfant a le statut d'Indien ou a le droit à l'inscription au sens de la Loi sur les Indiens;
  • L’un de ses parents ou tuteurs a ce statut ou ce droit;
  • L’enfant est reconnu par sa nation aux fins du principe de Jordan;
  • L’enfant réside habituellement dans une « réserve » (terme utilisé par le Principe de Jordan).

Pour plus de détails sur l’admissibilité : Qui est admissible

Les demandes concernant les enfants inuit peuvent être adressées à
L’Initiative : Les enfants Inuits d’abord.

Exemples de financement :

  • L’aide à la mobilité;
  • Les appareils auditifs spécialisés;
  • Le transport jusqu'aux lieux des rendez-vous;
  • Les soins de longue durée pour les enfants ayant des besoins spéciaux.

Comment obtenir la couverture :

Il est possible de soumettre une demande de remboursement pour que les frais déjà payés soient remboursés ou que les fournisseurs de biens ou de services soient payés directement.

Un formulaire doit être complété par la famille avec les informations de l'enfant, la preuve de statut et de résidence ainsi que des documents attestant du besoin.

Il faut aussi fournir un document montrant en quoi la demande de produit, de service ou de soutien comblera le besoin de l'enfant sur le plan sanitaire, social ou éducatif. Ce document peut être, par exemple :

  • Un bilan, une évaluation, un rapport ou un résumé sur la santé;
  • Une recommandation;
  • Une ordonnance;
  • Un diagnostic officiel avec un plan de traitement.

Si une demande de financement est refusée, il est possible de faire appel de la décision dans un délai de 1 an à compter de la date de refus. Une demande écrite, contenant le nom et la date de naissance de l'enfant, le type de produit ou de service demandé et la date de refus, doit être présentée au point de contact régional pour l'application du principe de Jordan :

Pour en savoir plus :
Principe de Jordan


L’Initiative : Les enfants inuits d’abord

Cette initiative garantit aux enfants inuit l'accès aux produits et services essentiels de santé, sociaux et éducatifs financés par le gouvernement, au moment où ils en ont besoin.

Admissibilité :

  • Enfants inuit de moins de 18 ans inscrits  (le numéro « N » )auprès d'une organisation inuit de revendication territoriale;
  • Les personnes pouvant déposer une demande sont les parents ou les tuteurs ayant à charge un enfant inuit, un enfant inuit de plus de 16 ans en son propre nom, ou un représentant autorisé de l'enfant, du parent ou du tuteur (auquel cas le parent ou le tuteur doit donner son consentement verbal ou écrit).

Exemples de services couverts :

  • Services de santé : rampes d'accès pour fauteuils roulants, services de traitement des dépendances, services en santé mentale, évaluations et tests de dépistage, fournitures et matériel médicaux, services thérapeutiques;
  • Services sociaux : activités axées sur le territoire, camps d'été spécialisés, programmes de soins de répit axés sur les croyances et les pratiques culturelles;
  • Services éducatifs : services de tutorat, assistants en éducation, transport scolaire spécialisé, évaluations psychoéducatives, aides technologiques et électroniques.

Comment obtenir la couverture :

  • Pour amorcer un processus de demande, la personne doit d’abord communiquer avec son point de contact régional, par téléphone au 1-833-725-7236 ou par courriel au principedejordan-qc-jordanprinciple@sac-isc.gc.ca;
  • Certains renseignements, dont la preuve de l'inscription du bénéficiaire auprès d'une organisation inuit de revendication territoriale, seront demandés.

Des ressources régionales sont disponibles pour soutenir le dépôt des demandes et vérifier si les services requis sont couverts.

Pour en savoir plus :
L’Initiative : Les enfants inuits d’abord 


Les organismes communautaires jouent également un rôle clé en offrant des services complémentaires à ceux des programmes décrits.

Pour toute question concernant ces trois programmes ou pour faciliter le contact avec les ressources, n'hésitez pas à contacter Guilaine St-Pierre, agente de liaison et navigatrice de services pour les Autochtones. Elle est disponible pour aider à identifier les ressources complémentaires et répondre à vos questions :

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Lecture suggérée :


Cultures et spiritualités autochtones

Chaque famille, chaque patiente et chaque patient du CHU Sainte-Justine est unique. Il en est de même pour celles et ceux qui s’identifient comme étant Autochtones.  

Le Québec compte 11 nations autochtones. Au sein de celles-ci s’expriment plusieurs cultures, langues, modes de vie, spiritualités et pratiques traditionnelles autochtones. 

Au Québec, il y a 11 nations autochtones réparties sur l’ensemble du territoire.

  1. Anishinaabe (Algonquin)
  2. Atikamekw
  3. Eeyou (Cri)
  4. Innu/Ilnus (Montagnais)
  5. Inuit
  6. Kanien'kehá:ka (Mohawk)
  7. Mi'gmaq
  8. Naskapi
  9. W8banaki (Abénaki)
  10. Wendat (Huron)
  11. Wolastoqiyik (Malécite)

L’expression et l’attachement à ces particularités culturelles et spirituelles diffèrent d’une personne à une autre. Elles peuvent teinter le parcours de soins d’une personne et son besoin d’intégrer des pratiques traditionnelles dans son plan de soins.

Par exemple, il ne faut pas s’étonner si une personne autochtone exprime le besoin de consulter un aîné. Porteurs de savoirs dans leur communauté et responsables de l’enseignement de ces savoirs, les aînés peuvent être interpellés dans certaines circonstances pour offrir un accompagnement spirituel ou du soutien quant à certaines pratiques traditionnelles.

L’un des symboles qui peut être enseigné par les aînés est celui du cercle de la vie, aussi appelé roue de la médecine. Il représente le lien qui unit toutes les composantes de l’univers et la conception holistique de la santé à laquelle adhèrent plusieurs communautés autochtones. Les Autochtones l’utilisent à leur façon pour les rituels, les guérisons et l’enseignement, comme moyen pour restaurer un équilibre physique, psychique, émotif et spirituel. La représentation de ce symbole peut varier d’une nation à une autre.

Cercle de la vie

Les herbes sacrées (la sauge, le cèdre, le tabac et le foin d’odeur) sont également utilisées lors du « smudging ». Cette pratique spirituelle consiste à faire brûler des plantes dans un but de purification par la fumée, permettant le ressourcement, la guérison et l’éloignement des énergies négatives. Pour des raisons de sécurité, une solution de rechange est offerte au CHU Sainte-Justine.

En plus de ces plantes et de la purification par la fumée, la médecine traditionnelle autochtone comprend plusieurs plantes médicinales, remèdes et pratiques traditionnelles dans un but de guérison. Ouvrir le dialogue à ce sujet de façon douce et respectueuse, c’est mettre en pratique les principes de sécurisation culturelle et enrichir la relation thérapeutique qui se tisse avec les patientes, patients et familles autochtones.

Quelques universités commencent à s’intéresser aux propriétés des plantes utilisées dans la médecine traditionnelle autochtone. Leurs découvertes auront assurément un impact positif sur la santé des Autochtones, en plus d’assurer un meilleur arrimage entre médecine occidentale et traditionnelle. 

Recommandations :

  • Ne pas prendre pour acquis que toutes les familles autochtones sont spirituelles, traditionnelles ou au même niveau de reconnexion à leur culture, et qu’elles ont toutes les mêmes pratiques.
  • Faciliter et respecter le besoin de recourir au savoir d’une personne aînée pour un soutien spirituel
  • Par mesure de sécurité, la purification par la fumée n’est pas autorisée entre les murs du CHU Sainte-Justine. Toutefois, une alternative est disponible, soit un vaporisateur de « smudging ». Vous pouvez l’offrir aux familles autochtones qui le souhaitent en faisant la demande au service de liaison à l’adresse suivante :  liaisonautochtone.hsj@ssss.gouv.qc.ca
  • Ouvrir doucement le dialogue au sujet des plantes médicinales, remèdes et pratiques traditionnelles utilisés dans un but de guérison
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Lectures suggérées :


Les réalités sociopolitiques autochtones

La gouvernance autochtone se distingue de la gouvernance allochtone notamment par sa complexité et son héritage historique profondément enraciné.

Certains enjeux sociopolitiques impactent directement la réalité des familles autochtones prises en charge par nos équipes.

Comprendre leur parcours et saisir les nuances est essentiel pour offrir des soins et des services personnalisés aux besoins des patientes, patients et familles.

Ligne du temps

 

Des lois vieilles de centaines d’années

À l'époque de l'arrivée des premiers explorateurs européens en Amérique du Nord, les Français et les Anglais rivalisaient pour agrandir leurs empires respectifs afin de bénéficier des abondantes ressources du territoire. Pour arriver à leurs fins, il devenait crucial d'entretenir de bonnes relations avec les Premières Nations, notamment pour favoriser le commerce des fourrures.

Ainsi, à la fois les Français et les Anglais ont établi des alliances commerciales et militaires avec les Autochtones, les traitant en tant que nations à part entière, de la même manière qu'ils le faisaient avec leurs alliés européens. Cette démarche impliquait une reconnaissance tacite de la valeur stratégique des Premières Nations, tout en reconnaissant leur statut de nations indépendantes.

La Proclamation royale de 1763 reconnaît d’ailleurs les Premières Nations comme des « nations et tribus », leur réservant une protection territoriale. 

« Les Premières Nations du Canada n’ont jamais été conquises par les Français ou les Anglais, à l’opposé de la colonie française de la Nouvelle-France, qui a capitulé devant les Britanniques en 1763. Ce fait historique est fondamental dans la compréhension des revendications actuelles des Autochtones »1 .

Marie-Claude André-Grégoire, Innu et avocate

 

Changement d’idéologie et origine de la Loi sur les Indiens

À la suite du déclin du commerce des fourrures en 1820 et à la fin du conflit militaire entre les Américains et les Britanniques, la Couronne britannique n’a plus de motivation objective de maintenir de bonnes relations et des alliances avec les Premières Nations. Au contraire, elle vise désormais l'acquisition de leurs territoires à des fins économiques et de colonisation. La Loi sur les Indiens est alors adoptée en 1876.

En l’espace de quelques dizaines d’années, les Premières Nations qui étaient considérées comme des alliées et comme des nations indépendantes et souveraines sur leur territoire se voient imposer une loi paternaliste qui les soumet à la tutelle de l’État à travers l’imposition d’un statut comparable à celui d’un citoyen mineur. L’objectif avoué est l’assimilation culturelle et la sédentarisation par l’implantation de « réserves indiennes » (aujourd’hui communément appelées les « communautés autochtones ») appartenant à la couronne. Pendant 165 ans, la loi obligeait les enfants autochtones à être retirés de leur famille et de leur culture pour être éduqués dans des pensionnats religieux2. L’article « Pour comprendre la Loi sur les Indiens » brosse un portrait de la situation.3

 

Des « vieilles » lois encore en vigueur

Ces lois ont encore des impacts aujourd'hui, surtout en ce qui concerne les services comme la santé, les services sociaux et l'éducation. Parfois, il est difficile et complexe pour les Autochtones d'obtenir de l'aide uniquement parce que les gouvernements fédéral et provincial se disputent à savoir qui devrait payer. Alors que les Autochtones relèvent principalement de la compétence fédérale, les lois provinciales s'appliquent souvent dans leurs communautés, créant des défis bureaucratiques et financiers.

En effet, au Canada, il existe des nuances législatives cruciales qui différencient les réalités des différentes communautés autochtones. Pour les Inuits et les Cri, cette distinction est particulièrement notable, en raison du rattachement à la Convention de la Baie James et des répercussions sur la législation provinciale. Alors que la santé des Premières Nations au Québec, à l'exception des Cri vivant en communauté, relève du gouvernement fédéral, celle des Inuits et des Cri vivant en communauté est plutôt gérée au niveau provincial.

Pourtant, au cœur de la gouvernance autochtone réside le principe d'autodétermination et d'organisation propre. Cette gouvernance ne fonctionne pas de manière linéaire ou hiérarchique, mais selon une approche organique et naturelle : par exemple, la prise de décision tient compte de l’opinion de tous les participants et le savoir des aînés y est valorisé.

Les Autochtones ont également leurs propres structures gouvernementales. Ces organisations représentent les diverses nations autochtones et œuvrent à la promotion de leurs intérêts.

À travers des organismes tels que l'Assemblée des Premières Nations (APN), l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations et du Labrador (CSSSPNQL), la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN), le Conseil en éducation des Premières Nations et la Commission de développement économique des Premières Nations, les communautés autochtones élaborent leurs politiques et programmes adaptés à leurs besoins uniques. Les chefs autochtones sont respectés comme des chefs d'État et jouent un rôle crucial dans la gouvernance de leurs communautés.

La gouvernance autochtone est le reflet d'une histoire complexe marquée par la colonisation et la résilience. Comprendre ses nuances et ses défis est primordial pour travailler à faire avancer la réconciliation en cohérence avec les valeurs de notre établissement qui sont la quête de l’excellence, la bienveillance, le partenariat et l’engagement individuel et collectif.

Pour poursuivre votre apprentissage :


1 Pour comprendre la Loi sur les Indiens | Radio-Canada
2 Alloprof. Les pensionnats autochtones. https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/les-pensionnats-indiens-h1643
3 La Loi sur les Indiens, toujours en vigueur en 2024, concerne seulement les membres des Premières Nations (pas les Métis ni les Inuit).


S’y retrouver dans la géographie des communautés

Les nations 2023

Au Québec, une grande partie des Autochtones vivent en communauté. En revanche, certains habitent plutôt en milieu urbain, dont près de 30 0001 dans la grande région métropolitaine de Montréal. Voici une information intéressante à garder en tête!

Si, pour certaines familles, les déplacements vers le CHU Sainte-Justine ou le Centre de réadaptation Marie Enfant sont faciles, pour d’autres, ils s’apparentent à un parcours d’obstacles!  


Le saviez-vous?

Au Québec, il y a 11 nations autochtones réparties sur l’ensemble du territoire.

  1. Abénaki – W8banaki
  2. Algonquin – Anishinaabe
  3. Atikamekw
  4. Cri – Eeyou
  5. Huron-Wendat
  6. Innu
  7. Inuit
  8. Malécite – Wolastoqiyik
  9. Mi’gmaq
  10. Mohawk – Kanien’kehà:ka
  11. Naskapi

Ces 11 nations sont réparties dans 55 communautés autochtones.

Plusieurs communautés sont très éloignées de nos centres de soins et les déplacements sont difficiles.

Par exemple :

  • Pour certaines communautés, la distance implique de très longs déplacements qui nécessitent d’emprunter des routes forestières peu entretenues, sans éclairage et sans réseau mobile, sans compter les conditions météorologiques parfois peu clémentes et imprévisibles. En guise d’exemple, la communauté Anishinaabe de Wolf Lake est située à environ 9 h 30 de route du CHU Sainte-Justine. Toutes ces informations se retrouvent dans le Répertoire .
  • Certaines communautés n’ont pas accès à notre établissement par voie terrestre; elles doivent se déplacer en avion.
  • Certaines familles doivent se tourner vers le transport en commun qui ajoute des délais parfois interminables.
  • L’isolement de certaines communautés implique une limitation au niveau de l’accès à des ressources et services (pharmacie, optométrie, physiothérapie, etc.) qui sont parfois situés à quelques heures de la communauté ou présents seulement selon un horaire variable dans la communauté.

ÉLÉMENTS À PRÉVOIR

Vous devez prévoir un rendez-vous de suivi ou élaborer un plan d’intervention?

Autant que possible, essayez de :

  • Garder en tête que l’organisation des transports est parfois un travail considérable et ne peut pas être planifiée à la dernière minute.
    • Les Centres de santé des communautés peuvent vous soutenir dans cette planification. Un centre de santé est un établissement de santé et services sociaux de première ligne dans les communautés autochtones.
  • Offrir une heure de rendez-vous ni trop tôt ni trop tard, sachant que la famille a peut-être beaucoup de route à faire.
  • Être indulgents, des retards sont probables dans ces conditions complexes de déplacement.
  • Réfléchir à des alternatives de services (ergothérapie, physiothérapie, etc.) lorsque ceux-ci ne sont pas disponibles dans la communauté.
  • Offrir les possibilités d’hébergement temporaire selon les besoins, les priorités et le respect des critères :
  • Placer plusieurs rendez-vous dans une même journée plutôt que d’étaler des rendez-vous répétitifs nécessitant des déplacements fréquents.
  • Vérifier si la télémédecine peut être une option en validant :
    • L’intérêt et le niveau d’aisance de la famille;
    • La disponibilité des outils informatiques et numériques (voir avec la famille et/ou le Centre de santé de la communauté).

OUTILS SUPPLÉMENTAIRES

Ce n’est pas toujours ni simple ni facile de s’y retrouver.

C’est pourquoi le Répertoire des ressources en lien avec la santé autochtone du CHU Sainte-Justine a été créé.

Il sert à regrouper au même endroit les personnes et les ressources disponibles pour vous aider.

Dans ce répertoire, vous trouverez :

  • Des contacts pertinents en lien avec la santé autochtone au CHU Sainte-Justine, mais aussi ailleurs au Québec
  • Des informations relatives aux 11 nations autochtones et leurs communautés respectives

Vous êtes invités à poursuivre la construction de cet outil avec nous. Vous avez des contacts bien établis? N’hésitez pas à les partager avec nous!

Vous n’arrivez pas à accéder au Répertoire, car vous recevez le message « Une autorisation est requise pour accéder à cet élément »?
Il vous suffit d’écrire votre courriel dans la boîte et de cliquer sur « Demander l’accès ».


1 Statistique Canada, 2016; https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/as-sa/fogs-spg/Facts-pr-fra.cfm?LANG=Fra&GK=PR&GC=24&TOPIC=9. Il est question ici de 30 000 personnes Autochtones qui se sont identifiées dans la région métropolitaine de Montréal. En vérité, il est possible que le nombre réel soit plus élevé.


Un service pour vous aider

Connaissez-vous Guilaine St-Pierre, notre agente de liaison et navigatrice de services pour les autochtones?

Laissons-la se présenter!

St-Pierre Guilaine

Kwe,

Negha dagondih ? (Comment allez-vous ? en dene)

Bonjour,

Je me présente, mon nom est Guilaine St-Pierre, nouvellement agente de liaison et navigatrice de services pour les autochtones séjournant au CHU Sainte-Justine et au CRME.

Je suis membre de la communauté « Acho dene koe first nation ». J’ai vécu dans les Territoires du Nord-Ouest durant douze années, le père de mes trois enfants étant natif de cette région. Au rythme d’une vie plutôt traditionnelle et nomade, abrités sous une tente prospecteur durant quatre ans, nous avons parcouru le territoire longeant la rivière Dehcho (Liard), surveillé les feux de forêt du sommet du mont Coty et participé à la vie communautaire mouvementée.

Étant familière avec le milieu nordique, les dynamiques sociales et plusieurs réalités autochtones, je suis persuadée que mes services auront à cœur de nourrir un dialogue, d’encourager les échanges d’expériences et suggestions constructives. Établir un lien de confiance par une écoute patiente et une collaboration active de part et d’autre permettra d’identifier des besoins significatifs, engendrer des changements positifs et mener à la sécurisation culturelle.

Aux familles autochtones désirant un appui chaleureux ou ayant d’autres besoins, il me fera plaisir de vous accompagner. Aux professionnels de la santé ou aux organismes autochtones intéressés par une information culturelle ou toute autre demande, je tenterai de vous éclairer.

Mahsicho du’weh, naha nahoda ! (Merci beaucoup, on se reverra ! en dene)

Guilaine St-Pierre

Concrètement, le travail de Guilaine consiste à soutenir nos équipes dans leurs interventions avec les patientes, patients et familles autochtones. Également, elle peut accompagner ces derniers pour favoriser un parcours culturellement sécurisant.

Consultez l’offre de service complète de l’agente de liaison et navigatrice de services pour les autochtones. Vous pouvez aussi communiquer directement avec Guilaine! Elle saura vous guider.


L'importance des semaines culturelles pour les Autochtones

Vous suivez une famille autochtone depuis plusieurs années. Bien qu’elle soit très rigoureuse dans les suivis de ses enfants, vous remarquez que cette famille s’absente souvent lorsque des rendez-vous sont planifiés au printemps ou à l’automne. Vous en avez parlé à des collègues, et vous en arrivez au même constat  plusieurs familles autochtones vous font faux bond aux mêmes périodes de l’année. 

La raison de ces absences est fort simple. Pendant ces deux saisons, les membres de plusieurs communautés autochtones, surtout celles d’origine nomades, se rassemblent en famille et célèbrent ce qu’ils appellent les « semaines culturelles ».

Pour plusieurs nations autochtones, ce sont des semaines de ressourcement, de partage et de transmission des traditions tout aussi symboliques que Noël, le jour de l’An et Pâques pour la plupart d’entre nous. Des congés sont même prévus dans le calendrier scolaire de plusieurs communautés. 


Se ressourcer et transmettre la tradition

Pendant ces semaines culturelles, les familles se déplacent généralement en forêt, dans leur territoire ancestral, ce que l’on appelle « monter en territoire ». Elles y enseignent aux plus jeunes les connaissances, les savoirs et la culture de leur peuple, comme monter le camp, préparer le plancher en sapinage, le tannage des peaux, le piégeage, la langue ou diverses pratiques traditionnelles. Pour ceux qui ne peuvent monter en territoire, des activités qui valorisent les connaissances ancestrales ont lieu dans les communautés, afin qu’ils puissent aussi se reconnecter à leur culture.  

La chasse, le trappage et la pêche sont au centre de toutes ces semaines culturelles (caribous, outardes, castors et oiseaux qui migrent vers le nord au printemps, et le gros gibier comme l’original à l’automne). D’une communauté à une autre, les dates de ces semaines varient en fonction du mouvement des proies dans les différents territoires. Les dates des semaines culturelles des Cris de la Baie James ou des Inuits, par exemple, risquent fort d’être différentes de celles des Atikamekw de Manawan. Ces semaines peuvent également être devancées ou retardées selon la température, la condition de la neige, la débâcle des rivières et le dégel des lacs et ce, afin favoriser les déplacements, comme ceux en motoneige ou en véhicule tout-terrain. 

Pour certaines communautés, ces semaines sont essentielles pour nourrir la communauté, qui se partage ensuite le gibier. Les plus jeunes membres des communautés – vos patientes, patients et familles – seront moins disponibles pour des rendez-vous, puisque les aînés comptent sur eux pour aller à la chasse, ramener de la viande et garnir le frigo communautaire. 


Pourquoi la sécurisation culturelle?

Imaginez avoir besoin de consulter à l’hôpital dans un pays dont vous ne connaissez ni la langue ni les codes sociaux.

  • Ne pas être compris, ne pas comprendre ce qui se passe autour de vous.
  • Ne pas savoir si vos assurances couvriront entièrement les coûts de vos soins.
  • Ne pas vous sentir en sécurité dans cette ville étrangère.
  • Ne pas savoir ce qui vous attend.
  • Réaliser que vous êtes complètement vulnérable,
    puis sentir l’inquiétude qui monte en vous.

Imaginez maintenant vivre cette expérience insécurisante
dans votre propre pays, sur la terre de vos ancêtres. 

Plusieurs personnes autochtones ont ce ressenti dans nos établissements de santé depuis longtemps. Ne s’y sentant pas en sécurité, ils ont historiquement préféré éviter les services de santé ou les recommandations des soignants occidentaux. Grâce à la sécurisation culturelle, nous pouvons faire les choses différemment pour améliorer la trajectoire de vie des patientes et patients actuels et futurs, avoir un impact réel sur leur santé. 

Après de nombreuses années d’incompréhension mutuelle, nous devons maintenant bâtir un climat de confiance avec les Autochtones que nous côtoyons dans notre vie professionnelle et personnelle, en nous ouvrant aux réalités des différentes communautés, en les écoutant et en respectant leurs spécificités culturelles.

La sécurisation culturelle, c’est adopter un état d’esprit, une attitude d’ouverture grâce à laquelle l’autre se sent accepté, compris, non jugé dans ce qu’il est fondamentalement.

Cela permet de diminuer la méfiance et le sentiment de « choc culturel », favorisant du même coup le respect mutuel, la confiance et, dans un contexte de soins, le partenariat. 

Malgré l’ouverture que vous démontrerez, certaines personnes autochtones pourraient continuer de manifester de la méfiance. Il ne faut pas s'en offusquer. Faites preuve de patience. Une démarche de sécurisation culturelle est un cheminement collectif. En cours de route, cela vous demandera de vous questionner et d’apprendre de vos erreurs, avec humilité. 

Que ce soit par des activités de formation, de sensibilisation ou par des capsules comme celle-ci, le CHU Sainte-Justine vous offrira différents moyens d’approfondir vos connaissances au cours de l’année. Restez à l’affût!  

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Pour en savoir plus sur la sécurisation culturelle

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Mise à jour le 20 novembre 2025
Créée le 23 septembre 2025
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