L’anxiété et la dépression

Informations et stratégies

TDAH peut parfois – mais pas tout le temps – rimer avec anxiété ou dépression. La pédopsychiatre Diane Sauriol répond aux questions que les parents se posent face à cette situation et explique quels sont les signes à surveiller chez l’enfant, et ce, qu’il ait un TDAH ou non.


Anxiété et dépression en six questions

Est-ce que l’anxiété et la dépression sont des phénomènes courants lorsqu’on a un TDAH?

Plus du tiers (33 %) des enfants/adolescents ayant un TDAH ont une forme de trouble anxieux. Environ 4 % des enfants présentant un TDAH ont un trouble dépressif. Ces pourcentages augmentent graduellement à l’adolescence et à l’âge adulte, où on retrouve près de 55 % d’anxiété généralisée, 25 % de dysthymie, 35 % d’abus d’alcool et 30 % d’abus de drogues en association avec le fait d’avoir un TDAH.

Si on n’est pas atteint de TDAH, on risque moins de souffrir d’anxiété ou de dépression. Dans la population générale, environ 2 % des enfants de moins de 10 ans et 10 % des adolescents ont une dépression.

En ce qui a trait à l’anxiété, les données varient entre 6 et 20 %, selon que l’on soit enfant ou adolescent. Il est donc plus fréquent d’avoir une deuxième ou une troisième condition psychiatrique ou neurodéveloppementale lorsqu’on en a déjà une.

Les causes sont multiples:

  • biologiques (génétiques, épigénétiques, environnementales);
  • psychologiques (santé mentale des parents [le niveau émotionnel des parents prédit la dépression : haute intensité émotionnelle négative et faible intensité émotionnelle positive face aux stimulis stressants]);
  • traumatiques, liées à l’attachement (son propre tempérament, sa propre réactivité émotionnelle, intimidation);
  • sociales (impact de la pauvreté, de la migration, etc.).

Les personnes ayant un TDAH sont souvent moins matures, ont une moins bonne régulation de leurs émotions et de leurs comportements, organisent et planifient moins bien leur temps et leur travail, ont plus de difficultés scolaires, apprennent moins bien de leurs erreurs et vivent souvent plus de conflits : cela les rend plus sujets, au cours de leur vie, à expérimenter d’autres problèmes psychiatriques dont les troubles anxieux et dépressifs.

Comment identifier le trouble anxieux et qui consulter ?

Il faut distinguer le trouble anxieux des peurs développementales, qui sont normales, propres à l’âge et au stade de développement et qui se résoudront spontanément avec la maturation et un environnement réconfortant.

L’enfant d’âge préscolaire peut avoir peur du noir, des orages, des personnages mythiques imaginaires (monstres sous le lit) ou de la séparation de ses parents. Plus tard, l’adolescent peut avoir peur de l’échec, d’un malaise physique faisant craindre l’apparition d’une maladie, de ne pas réussir sa vie ou encore de ne pas être à la hauteur des exigences de la vie adulte.

Un trouble anxieux se caractérise par une anxiété excessive et inappropriée relativement au stade de développement, anxiété qui persiste au moins 6 mois, qui englobe des soucis multiples (peur de l’embarras, de se sentir scruté, envahi par ce qu’autrui peut penser, etc.), des malaises physiques, des tensions musculaires, de la fatigabilité, de l’irritabilité, des perturbations de sommeil.

Comme tout diagnostic psychiatrique, il doit induire un trouble fonctionnel (ex. : ne pas pouvoir se séparer de ses parents un certain temps, ne pas fréquenter l’école, tenir captif les membres de sa famille parce qu’on se sent mal à l’extérieur de la maison, etc.).

Pour les conditions mineures-modérées, on peut consulter les ressources du CLSC (équipes enfance-famille ou de santé mentale jeunesse). Pour les situations critiques induisant un bris de fonctionnement, plusieurs personnes choisissent de se rendre à l’urgence.

Dans les situations de comorbidités, les diagnostics accessoires ou comorbides sont posés par le médecin traitant, le psychologue ou l’éducateur scolaire. Une fois le diagnostic clarifié, le traitement (souvent non pharmacologique) sera effectué par un psychologue, un psychoéducateur ou un travailleur social du secteur public ou privé.

Comment traite-t-on l’anxiété?

L’un des principes centraux du traitement est l’exposition à ce qui est anticipé négativement lorsque ce n’est pas dangereux. En effet, les parents doivent encourager et soutenir leur enfant à relever régulièrement des défis.

Pour beaucoup de parents, cela n’est pas facile. Ils ressentent l’inconfort de leur enfant et font alors les choses à sa place ou acceptent que l’enfant se retire d’une situation qui provoque un malaise chez lui. Un parent qui, ainsi, devient complaisant permet à son enfant de faire de l’évitement.

Sur le coup, l’enfant se sent très bien. On assiste à une disparition des malaises physiqueset des appréhensions. Toutefois, on se rend rapidement compte que l’enfant ne développe pas de tolérance à l’inconfort, qu’il nourrit la certitude qu’il n’est pas capable d’affronter la situation et qu’elle est dangereuse.

Non seulement cela mine son estime et sa confiance en soi, mais cela nuit au développement de sa personnalité. Un enfant ou un adolescent a besoin d’explorer : il développe des compétences et des intérêts face à la nouveauté. Il apprend de ses erreurs et est fier de ses succès. Il devient résilient s’il s’expose  aux défis et les relève.

Le traitement de l’anxiété se fait donc avec des thérapeutes qui enseignent des stratégies de relaxation, de respiration, de yoga, de visualisation et de méditation. On identifie les pensées erronées et on travaille sur la mentalisation et sur l’exposition graduelle mais quotidienne aux défis avec l’objectif de les relever.

On cherche à comprendre comment le problème a commencé et à modifier des composantes nuisibles de l’environnement s’il en existe (ex. : intimidation, réelles difficultés vécues dans la famille et ressenties comme insécurisantes par l’enfant, problèmes de santé mentale des parents, styles parentaux [ex. : parent surprotecteur laissant peu de place à l’autonomie, parent hostile ou rejetant, intrusif], etc.). On aide au développement d’habiletés sociales et à la résolution de problèmes en encourageant à profusion (renforcement positif).

Le traitement pharmacologique au long cours du TDAH a souvent un effet positif sur certains symptômes anxieux ou de tristesse en améliorant le fonctionnement global de l’enfant, tant sur le plan de ses relations sociales et familiales que scolaire.

Occasionnellement, après avoir maîtrisé le TDAH et mis en place l’ensemble des mesures non pharmacologiques du traitement du trouble anxieux, il est nécessaire de traiter certains troubles anxieux avec la médication.

La dépression chez l’adulte ressemble-t-elle à celle de l’enfant ou de l’adolescent?

Chez l’enfant et l’adolescent, l’humeur peut être irritable au lieu d’être triste ou de présenter de l’anhédonie (perte de plaisir, d’intérêt pour la quasi-totalité des activités qui en procuraient). Cette humeur doit être quotidienne. À cela doit s’ajouter quatre autres critères parmi les suivants :

  • Perte ou gain de poids (absence de gain de poids chez l’enfant alors qu’il grandit).
  •  Insomnie ou hypersomnie.
  • Agitation ou ralentissement psychomoteur.
  • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive, inappropriée.
  • Diminution de la capacité à réfléchir, à se concentrer, indécision.
  •  Pensées de mort, idéations suicidaires.

Les critères de durée, d’intensité et de bris de fonctionnement consécutif aux symptômes permettent de distinguer la dysthymie (un an chez l’enfant) et une dépression majeure. Le jeune enfant a souvent plus de plaintes somatiques et ses symptômes peuvent être plus fluctuants.

L’adolescent aura plus tendance à l’isolement. Les problèmes de comportement externalisés sont fréquents chez l’enfant et l’adolescent, et plus rares chez l’adulte. Les hallucinations pouvant être présentes chez l’adulte sont quant à elles rares chez l’enfant et l’adolescent (DSM-IV; Goldman, 2012)

Comment évaluer le risque suicidaire chez l’enfant?

Concept de la mort (Mishara, 1995)
Irréversibilité, cessation de la vie, causalité, imprévisibilité, inévitabilité :

  • Concepts acquis vers 9-10 ans.
  • Influencé par le discours des parents.
  • Le concept de suicide se développerait auprès de trois sources :
    • discussion avec enfants plus âgés,
    • télévision
    • suicide d’un proche.

Évaluation de l’intention avec ou sans plan.

Facteurs de risque associés aux conduites suicidaires chez l’enfant et l’adolescent

  • Antécédent de tentative de suicide :
    • 30 % de récidive dans l’année.
    • 50 % des ados qui ont fait une tentative de suicide récidiveront. Cela augmente dramatiquement le risque de décès par suicide dans les 10 ans.
    • Une tentative de suicide avant l’âge de 13 ans augmente de 6 fois le risque de tentative de suicide après 13 ans.
    • Létalité des moyens de suicide à disposition.
  • Niveau d’impulsivité (trouble de personnalité
    3-10 % de risque de suicide, le tiers des suicidés avaient un trouble de personnalité).
  • Psychopathologie
    Dépression majeure, dysthymie, troubles des conduites, trouble anxieux.
  • Utilisation de produits toxiques (alcool, drogues).
  • Maltraitance, abus sexuel, négligence, placement précoce.
  • Conflit avec l’identité ou l’orientation sexuelle.
  • Scores élevés de désespoir, impuissance.
  • Décès d’un parent, suicide d’un proche.
  • Conflits, rupture de lien.
  • Pauvreté, immigration, problème de santé physique.
  • Déménagements fréquents, absence de liens significatifs.
  • Manque de continuité de services.

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Mise à jour le 9 février 2018
Créée le 9 février 2018
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