L’alimentation

Autisme au quotidien

L’ergothérapeute Marie-Pierre Lamothe nous explique quelle routine adopter pour les repas avec notre enfant qui a un trouble du spectre de l’autisme. Au menu, quelle routine doit-on adopter, comment faire pour l’aider à découvrir de nouveaux aliments, mais surtout, quoi faire pour que la période du repas reste un moment agréable en famille ?

Nutrition, alimentation et troubles du spectre de l’autisme : l’histoire de Nikol

Pour certains enfants TSA, la période des repas peut être très stressante. Parfois, manger ne rime tellement pas avec plaisir que l’enfant souffrira d’une carence nutritionnelle. C’était le cas pour la jeune Nikol.

Comme nous l’explique Julie Fauteux, nutritionniste au Centre de réadaptation Marie-Enfant, il existe des solutions. Voyez comment l’équipe multidisciplinaire du CHU Sainte-Justine a réussi à aider Nikol à mieux s’alimenter et à augmenter son répertoire alimentaire.

Pour plus d’informations sur les éléments abordés, consultez les thèmes suivants :


Qu’est-ce que la sélectivité alimentaire ?


Qu’est-ce que la sélectivité alimentaire ?


Comment augmenter le répertoire alimentaire de l’enfant autiste ?


Que doit-on éviter de faire lorsque l’on veut augmenter le répertoire alimentaire de l’enfant autiste ?


Informations générales sur la sélectivité alimentaire et le TSA

Prévalence de la sélectivité alimentaire
Jusqu’à :

  • 50% des enfants présentant un développement dit « typique »
  • 80% des enfants présentant un trouble du développement
  • 89% des enfants TSA

Les difficultés à l’alimentation dans le TSA sont surtout en lien avec des rigidités

  • Typiquement : « tout allait relativement bien, mais depuis environ l’âge de 18 mois, il refuse des aliments avec certaines caractéristiques visuelles soit la couleur, la forme etc».
  • Les signes cliniques du TSA, dont les difficultés à l’alimentation, sont plus francs entre 2 et 5 ans; le diagnostic est souvent émis dans cette période.

Le parent, inquiet, désire que son enfant mange à tout prix.
Il peut alors user de différentes stratégies.

  • Mais attention !
    Grignoter toute la journée a un impact sur la régularisation de l’appétit et manger uniquement les aliments préférés peut entrainer un « burn out » de ces aliments limitant ainsi l’éventail accepté.

Pourquoi les aliments souvent préférés par les enfants avec TSA sont des frites, des croquettes, des chips, des biscuits ? Pourquoi la malbouffe ?

  • Ces aliments sont faciles à mastiquer et ont une texture homogène en bouche. Les enfants avec TSA présentent souvent une hypotonie de base (tonus réduit des muscles du visage).
  • Les fruits et légumes peuvent être mouillés et mous, fibreux, colorés, sûres…un « cocktail » de sensations différentes à gérer en même temps.

Gagnon et al.(2016)


Comment le TSA influence-t-il l’alimentation ?

  • Les difficultés sur le plan de la socialisation et de la communication influencent les capacités d’imitation et d’interaction durant les repas.
  • Les habiletés supérieures à discriminer les détails (perception) font en sorte qu’ils « sur-analysent » certains aliments et peuvent ainsi les trier en fonction des caractéristiques visuelles (couleur, forme).
  • Les difficultés de généralisation peuvent limiter la capacité à manger dans différents milieux et contextes (ex. refus de manger lorsqu’en visite, à la garderie, à l’école, etc.).

Nadon (2012)


Les difficultés souvent observées aux repas chez les enfants avec un TSA

Au niveau du comportement
Par exemple :

  • Crainte de la nouveauté
  • Rigidité quant à la présentation des aliments/marque/emballage
  • Rituels
  • Difficultés à rester assis à la table
  • Trie les aliments
  • Élimine progressivement des aliments du répertoire
  • Lance la nourriture
  • Fait des crises de colère, etc.

Au niveau sensoriel
Par exemple :

  • Hypersensibilité à certaines textures/odeurs ou certains goûts
  • Difficulté de régulation sensorielle par exemple, agitation durant le repas
  • Mauvaise perception de ses signaux de la faim
  • Haut-le-cœur à certains aliments, etc.

Au niveau physique
Par exemple :

  • Difficulté de mastication
  • Reflux gastro-œsophagien
  • Constipation
  • Allergies alimentaires
  • Problèmes de respiration (ex. congestion nasale)
  • Difficulté de déglutition ou à avaler, etc.

Au niveau de l’environnement
L'environnement humain et physique peut influencer le comportement de l’enfant (ex. présence de plusieurs stimuli aux repas, absence de routine, mange à plusieurs endroits dans la maison etc.). L’environnement peut accentuer, réduire, renforcir le comportement.

Attention !
Les parents sont rarement la cause des difficultés à l’alimentation. Dans 90% des cas, la cause est AUTRE que les parents.

Les difficultés à l’alimentation chez l’enfant présentant un TSA peuvent s’exprimer de diverses façons selon les enfants et peuvent également varier chez un même enfant selon son état de santé, son état de stress ou selon les milieux ou les personnes.

Nadon (2012), Gagnon et al (2016), Toomey (2014)


Qu’est-ce que les enfants autistes aiment manger ?


Qu’est-ce que les enfants autistes n’aiment pas manger ?


Quand aller chercher de l’aide ?

Beaucoup de temps dans une journée est passé à la routine autour du repas (fête, sociale, repère dans la journée).  Avoir un enfant sélectif… ça bouleverse le quotidien.

Si vous avez des inquiétudes, n’hésitez-pas à consulter votre médecin.

Votre médecin saura vous orienter vers les professionnels qui pourront le mieux vous aider en lien avec les difficultés suivantes (ergothérapeute, nutritionniste etc.) :

  • Repas d’une durée de plus de 45 minutes
  • Ne mange pas du tout d’un groupe alimentaire
  • N’accepte que des aliments ayant la même texture
  • Refuse systématiquement de manger ou s’oppose lors des repas.
  • Mange moins de 20 aliments à partir de l’âge d’un an: comportement qui persiste sur une période de plus d’un mois
  • Cesse de manger certains aliments et ne les réintroduit pas, ce qui diminue graduellement le nombre d’aliments ingérés
  • Garde des aliments très longtemps dans sa bouche (plus de 10 minutes)
  • Écoulement salivaire alors que l’enfant est âgé de 4 ans et plus
  • Haut-le-cœur réguliers pendant ou après le repas
  • Incapacité à faire la transition vers
    • Les purées (dès le 6e mois)
    • La nourriture de table (à partir d’un an)
    • Le verre (après 16 mois)
  • Mange encore de la nourriture pour bébé après l’âge de 16 mois (purées, céréales, etc.)
  • Éprouve de la difficulté ou ne peut mastiquer des aliments plus durs (après 4 ans).

Drapeaux rouges (document de travail), CMR, SRSOR et CRDITED-ME (2010)


Qu’est-ce que la nutritionniste peut faire pour mon enfant ?


Stratégies pour faciliter le déroulement des repas et l’acceptation de nouveaux aliments

En tant que parents, être prêt à adopter de nouvelles habitudes :

  • Diminuer ses attentes que l’enfant mange de nouveaux aliments (être patient).
  • Briser ses propres barrières en lien avec l’alimentation (idées préconçues).
  • Être des modèles lors des repas.

Il n'y a pas de solutions universelles, mais certaines stratégies sont gagnantes !
 

Avant le repas

  • Réaliser une activité calmante appréciée de l’enfant 5-10 minutes avant le repas (diminue le stress et rend l’enfant plus réceptif).
  • Rendre les repas structurés et prévisibles. Être clair (pour l’enfant) et cohérent dans ses attentes (ex. instaurer une routine avec un début et une fin claires)
  • Présenter les repas à des heures fixes (3 repas et plus ou moins 3 collations par jour, au 2h environ). La routine est très importante (entre autres pour régulariser l’appétit et rassurer l’enfant).
  • Limiter l’accès aux aliments en dehors des repas


Pendant le repas

  • La durée du repas un maximum de 30 minutes
    La fenêtre « temps » de la faim est de 20 minutes. 
    • Au-delà de ça, l’enfant n’a physiologiquement plus faim…
    • Aussi, l’enfant prend le plus de ses apports nutritionnels en 10-15 minutes.
  • Diminuer les stimulations visuelles et auditives
    • Environnement calme et prévisible.
    • La télévision ou la tablette électronique durant le repas est une stratégie couramment employée par les parents d’enfants TSA. Attention! Bien que cette stratégie puisse être utile pour inciter certains enfants à manger, elle limite la disponibilité à explorer de nouveaux aliments. Elle limite le développement du plaisir à manger les aliments plus difficilement acceptés initialement (le plaisir provient davantage de l’action d’écouter la télévision que de manger).
      • Alternative : Offrir la télévision à la fin du repas ou offrir la télévision en alternance avec les aliments (ex. 2-3 bouchées et 1 minute de télévision, ensuite pause pour la télévision, puis 2-3 bouchées, ainsi de suite).
  • Encourager l’enfant à demeurer assis
    • En assurant un bon positionnement assis.
    • En utilisant un outil visuel (horloge visuel) et une activité plaisante suivant le repas (augmente la motivation).
    • En micro-graduant les exigences : demeurer assis 2-3 minutes pour une collation, demeurer assis 5-6 minutes pour une collation, demeurer assis 10 minutes pour un repas etc.).
    • En offrant toujours au moins un aliment aimé à chaque repas.
      ...mais, trouver un équilibre entre le besoin de stabilité (ex. lui offrir toujours un aliment aimé) et l’exploration de la nouveauté (ex. l’exposer à un nouvel aliment à chaque repas).
  • Exposer graduellement l’enfant aux nouveaux aliments ou aux aliments refusés
    L’objectif à court terme est de faire grimper l’enfant  dans « l’escalier de tolérance » en l’incitation à tolérer l’aliment à proximité, à interagir avec un ustensile et l’aliment, à le sentir, à le toucher, à le goûter et finalement à le manger.
  • Mettre l’accent sur la variété des aliments présentés versus la quantité/qualité d’un seul aliment
    Offrir une grande variété d’aliments. Par exemple, il est souhaitable qu’il accepte de sentir 5 nouveaux aliments sur un délai de 3 semaines plutôt qu’il accepte de goûter uniquement à un nouvel aliment avec ce même délai.
  • En manipulant la nourriture, l’enfant peut anticiper sa température, sa texture et sa consistance. L’enfant intègre toutes les informations sensorielles (sauf le goût) avant de mettre l’aliment dans sa bouche.
  • Les étapes sont nombreuses avant de manger un nouvel aliment et ce n’est pas parce qu’un enfant refuse un aliment une première fois que la bataille est perdue ; bien au contraire ! Il faut demeurer patient.
  • Ne pas forcer l’enfant à manger (augmenter l’anxiété et coupe l’appétit).
  • Offrir des portions adaptées et faire une rotation des repas (ex. macaroni au dîner lundi, sandwich au dîner mardi, macaroni au dîner mercredi).
  • Éviter de présenter les aliments toujours de la même façon
    Introduire régulièrement des petits changements que l’enfant peut tolérer. Attention à introduire des changements minimes au départ, selon la tolérance de l’enfant, pour éviter que l’enfant rejette complètement l’aliment.
  • Renforcer les bons comportements et les efforts fournis par l’enfant
    (ex. est demeuré assis, a accepté de toucher à un nouvel aliment dans son assiette, a accepté de garder un aliment moins aimé dans son assiette etc.). Le renforcement peut être social (ex. « bravo! », une activité agréable avec le parent après le repas, etc.) ou matériel (ex. un autocollant, un aliment apprécié, un jeu apprécié après le repas etc.).

Nadon (2012), Gagnon et al (2016), Toomey (2014)


Comment présenter un aliment à l’enfant autiste ?


Qu’en est-il du gluten ?

Une diète sans gluten et sans produits laitiers a-t-elle des effets positifs chez les enfants avec un TSA ?

Plusieurs chercheurs se sont intéressés à valider si le retrait de l’alimentation de certaines protéines  tel que le gluten présent entre autre dans le blé, l’orge et le seigle ainsi que de la caséine des produits laitiers pourrait réduire les symptômes de l’autisme. Jusqu’à présent, les données disponibles à ce sujet ne sont pas concluantes. Les études n’ont pas réussi à fournir les évidences pour que ce type d’alimentation soit recommandé pout tous les enfants avec TSA.

Cela dit, si vous choisissez de débuter le régime sans gluten et sans produits laitiers pour votre enfant, assurez-vous d’offrir de bonnes alternatives aux aliments qui sont éliminés. Il faut garder en tête que plus il y a de restrictions à l’alimentation et plus il y a de risque de carences en éléments nutritifs essentiels à une bonne santé.

Stéphanie Benoit
Nutritionniste spécialisée en neurologie


Ressources pour les parents

Références

  • Clark, R., Gagnon, K., Lacroix, M., Larose, J., Lavallée, I., Thibault, P., (2010). SRSOR, CMR, CRDIME, Outil Drapeaux Rouges, Outil d’analyse des besoins des enfants présentant un TED ou une hypothèse de TED en lien avec une référence au CMR (projet et document de travail).
  • Douvill, S. (2009), Document explicatif, Programme alimentaire CR La Myriade – Programme TED.
  • Ernsperger, L., Stegen-Hanson, T., Grandin, T. (Ed.). (2004). Just Take a Bite: Easy, Effective Answer to Food Aversions and Eating Challenges.
  • Fraker, C., Fishbein, M., Cox, S., Walbert, L. (Ed.). (2007). Food Chaining; The proven 6-step plan to stop picky eating, solve feeding problems, and expand you child diets.
  • Kuhaneck, M., Watling, R. (Ed.). (2010). Autism; a comprehensive occupational therapy approach: The American Occupational Therapy Association.
  • L. Koegel, R., et al. (2012). Using Individualized Reinforcers and Hierarchical Exposure to Increase Food Flexibility in Children with Autism Spectrum Disorders. Journal of Autism Developmental Disorder.
  • Nadon, G. (2014). Les problèmes alimentaires des enfants ayant un trouble du spectre autistique (TSA), ça concerne qui au juste?, RNETED, Montréal.
  • Nadon, G. (Hiver 2012). Le refus alimentaire, Université de Montréal, cours ERT-6073: Ergothérapie avancée auprèes de l'enfant.
  • Nadon, G. (2011). Problèmes alimentaires et troubles du spectre de l’autisme, 7e Journée Régionale de l’arapi.
  • Thermidor, G., Laporte-Proulx, S. (2008), La sélectivité alimentaire; Compréhension et intervention selon The S.O.S Approach to Feeding, Hôpital Rivière-des-Prairies.
  • Toomey, K.(2014) When children won’t eat: The SOS approach to feeding- advanced day, Feeding the child with autism spectrum disorder, document écrit de la formation donnée à Montréal.
  • Toomey, K., Ross, E., Kortsha, B. (2014) When children won’t eat: The SOS approach to feeding, document écrit de la formation donnée à Montréal.
  • Centre de réadaptation en déficience intellectuelle Montérégie-Est, Centre montérégien de réadaptation, Services de réadaptation du Sud-Ouest et du Renfort. Programme-cadre des services spécialisés de réadaptation en Montérégie pour les personnes présentant un trouble envahissant du développement, Comité clinique TED : France Carbonneau, Russell Clark, Karine Gagnon, Myriam Hurtubise et Joanne Larose, Longueuil, 2009.
  • Gagnon (2016), ergothérapeute au CHU Ste-Justine, présentation: La sélectivité alimentaire.

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Mise à jour le 4 août 2017
Créée le 16 janvier 2017
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